29 mars 1947, une amnésie collective?

Point de mire du 25 mars 1947

29 mars 1947, une amnésie collective?

Faudrait-il en parler? Une question qui soulève pas mal de points noirs dans l’Histoire de Madagasikara, des pans entiers de l’Histoire de la Grande île qui ont été sciemment détournés voire occultés. Car jusqu’à maintenant les événements relatés sur les soulèvements de mars 1947 n’ont jamais offert une « version commune » sur ce qui s’est réellement passé ni sur le nombre exact – ou s’y rapprochant du moins – des victimes, que ce soit du côté des colonisateurs ou des « indigènes ». Ceux qui ont pondu des chiffres là-dessus se perdent en conjectures,alors? 40 000 ? 80 000 ? 100 000 ? Nul ne le saura, ça remonte à si loin…quoique ce n’est pas si loin que ça après tout! Car de 1947 à 2017, ça ne fait que 70 ans en fait. Eh oui! Des témoins oculaires de ces événements sont encore en vie disséminés un peu partout dans la Grande île, encore en vie mais non reconnus, et même ceux qui ont vécu ces moments à distance sont encore là, dans l’ombre peut-être mais toujours vivants. Alors, par devoir de mémoire pour ceux qui sont tombés, oserions-nous laisser dans l’oubli ces moments douloureux pour nos compatriotes, nos pères et mères, nos grands-pères et grands-mères ? Car il n’y a pas plus pire qu’une génération privée de mémoire, et pourtant la tendance dans la Grande île est de passer à la trappe la commémoration de ces événements de mars 1947.

Il y a bien ceux qui tentent tant bien que mal de réveiller le patriotisme endormi, une tentative luminescente qui prend le risque de détourner le cour réel de l’Histoire! Les médias malagasy d’aujourd’hui s’essayent à recueillir des témoignages ici et là mais quid de l’authenticité de ces histoires racontées avec beaucoup de verves et pas mal de « sels »? Les charlatans de tout bord ne se privent pas de fabuler devant les caméras sans se soucier du mal qu’ils font à l’Histoire de leur pays, et qu’ils se font à eux-même par la même occasion.

Mais au fait, pourquoi tant de flou autour de ces événements de 1947? Faudrait-il rappeler, ou au pire apprendre, aux malagasy, aux jeunes d’aujourd’hui, aux moins de 85 ans plus précisément que ces fumeuses et tristes événements de 1947 ne tournaient pas seulement autour du jour du 29 mars 1947 mais s’est étendu dans l’île, surtout dans la partie orientale, durant une vingtaine de mois? Le pourquoi de ce black-out de l’Histoire de la Grande île est en fait multiple mais la principale est que l’insurrection malagasy de 1947 avait été l’un des précurseurs du déclin du colonialisme français: bien que réprimé fortement, ça n’a pas empêché d’attiser le feu de la révolte dans les colonies menant à la défaite cuisante française en Indochine, le début de la guerre d’Algérie quelques années plus tard. Mais l’Histoire de la Grande île est malheureusement parsemée d’intrigues , de traîtrises en tout genre et cette période noire n’a pas échappé à la triste règle.

Photo5Trois-patriotes-viennent-devant-la-tribune-deposer-des-sagaies-symboliques-300x202

Une rédition douloureuse pour les survivants!

Il a été relaté quulo’environ 1 900 partisans -autochtones- des français ont été tués ainsi que 550 « européenures », dont 350 militaires. A noter que la Grande Île comptait 4 millions d’habitants en ce temps là, comprenant 35 000 Européens. Toutes proportions gardées, environ 02% de la population, de part et d’autre, ont péri durant ces événement! Mais il a fallut à la France un fort contingent de militaire, près de 18.000 hommes pour arriver à bout de la révolte malagasy, il a été rapporté que « les troupes françaises dont les principales forces terrestres sont constituées de trois bataillons de tirailleurs malgaches sont environ 8 000 dans l’île au début de l’insurrection ». Ce contingent a été porté à 18 000 hommes avec le renfort de sept bataillons :  la 2éme  bataillon du 4 ème régiment étranger d’infanterie, la 1 er  bataillon du 1 er régiment de tirailleurs marocains , deux bataillons du 2 ème régiment de tirailleurs marocains, deux bataillons de tirailleurs sénégalais et du 1 er  escadron du 2ème régiment étranger de cavalerie . Alors, les nombres estimés aux alentours de 100.000 morts côté malagasy sont-ils surfaits ou non dans ces proportions là?

 

Alf Raza

 

.

Publicités