Les cinquantièmes rugissants

L’insularité de Madagascar lui confère un statut bien particulier de par son isolement. L’absence de pays frontalier a engendré des comportements particuliers pour les natifs de l’ile rouge. Tout à fait « nombriliste », le malagasy se targue souvent d’être le faîte de l’évolution dans le continent africain, une grosse tête à côté de ses pompes peut-être, mais une grosse tête quand même. D’ailleurs, les « africains » qui viennent du « continent » ressentent,à tous les coups, cet air de condescendance que les malagasy manifestent au quotidien.
Pourtant, bien des choses lient les gens de l’ile avec ceux du continent, du moins ceux francophones, ne serait-ce que ce fameux cinquantenaire de octroi de l’indépendance aux pays qui étaient sous le joug du colonisateur commun. Le Sénégal a par exemple déjà célébré le sien au mois d’avril agrémenté de la tonitruante déclaration de son président, Wade, sur le « départ » définitifs des contingents militaires français des bases existants au Sénégal, déclaration qui relèverait de la démagogie pour certains vu l’importance stratégique que représentent ces bases.
A l’instar du cinquantième parallèle sud où le mauvais temps est très fréquent, Madagascar est dans une latitude des plus difficiles, victime de gros temps fréquents et incontournables. Le fameux cinquantenaire du 26 juin, sujet à polémique depuis quelques temps n’est pas près de livrer tous les mystères de ses entrailles. La remise en cause de la célébration de cet évènement est d’ailleurs présente dans une certaine frange de la société malagasy, faisant fi de l’esprit patriotique et du nationalisme. Les menaces de troubles ne sont pas non plus à prendre à la légère, les confrontations armées de Fort Duschènes pouvant servir de leçon de ce que pourrait être l’intensité des perturbations si le cas se présente. Dans les annales des célébrations de fête d’indépendance, celle du jour du 06 octobre 1981, jour de l’assassinat du président d’Anwar al Sadate, lors d’une revue militaire, reste encore gravée dans la mémoire de bon nombre de gens.
Au-delà de la participation d’un contingent de militaires malagasy aux parades du 14 juillet à Paris, signe pour certains d’un renouveau de l’allégeance envers l’ancienne « mère patrie », la grande muette malagasy aura fort à faire pour redorer son blason, déjà entaché par moult tumultes qui ne sont pas près de se dissiper.

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